Escalade : K2

Le K2 (appelé aussi mont Godwin-Austen, Chogori ou Dapsang) est un sommet du massif du Karakoram (ou Karakorum) sur la frontière sino-pakistanaise (dans la région de l’Azad Cachemire). C’est le deuxième plus haut sommet du monde (après l’Everest) avec une altitude officielle de 8 611 m.

L’ascension du K2 est considérée comme bien plus difficile que celle de l’Everest. En juin 2000, seules 189 personnes l’avaient réalisée (contre 1 500 personnes ayant atteint le sommet de l’Everest à la même date). Soixante-dix personnes ont trouvé la mort sur ses pentes, dont treize pour la seule année 1986. Le 2 août 2008, onze alpinistes trouvèrent la mort, victimes d’une chute de sérac ayant emporté les cordes fixes au-dessous du sommet ; deux alpinistes néerlandais furent cependant sauvés.

Les pentes du K2 et le camp de base de la voie normale ont été nettoyés par une équipe de Mountain Wilderness en 1990, opération ayant mis en évidence la dégradation des sites les plus reculés de l’Himalaya par une trop importante fréquentation d’alpinistes en très grande majorité étrangers.

Histoire

Le K2 fut exploré pour la première fois par une équipe européenne en 1856, dirigée par Henry Haversham Godwin-Austen. Thomas Montgomerie était membre de l’équipe. C’est lui qui baptisa le mont « Karakoram 2 », croyant alors qu’il n’était que le second sommet le plus haut du massif derrière le Masherbrum, appelé aussi K1 (qui ne culmine en réalité qu’à 7 821 mètres). D’autres pics furent baptisés K3, K4 et K5, mais furent plus tard renommés respectivement Broad Peak, Gasherbrum II et Gasherbrum I. Ces trois sommets comptent tous parmi les 14 sommets de plus de 8 000 mètres.

La première tentative sérieuse d’ascension du K2 fut organisée et entreprise en 1902 par Oscar Eckenstein et Aleister Crowley. Après cinq tentatives sérieuses et coûteuses, aucun membre de l’équipe ne parvient à atteindre le sommet. Cet échec est probablement dû à la fois à une mauvaise préparation physique, à des conflits de personnalité et aux conditions météorologiques – sur un total de 68 jours passés sur le K2 (alors record de temps passé à une telle altitude) seulement huit offrirent une météo correcte.

D’autres tentatives suivirent en 1909, 1934, 1938, 1939 et 1953. L’expédition de 1909, menée par le prince italien Louis-Amédée de Savoie, duc des Abruzzes, a atteint une altitude de 6 666 mètres. Les membres de l’expédition firent demi-tour sur ce qui est maintenant connu sous le nom la dent d’Abruzzi (ou arête d’Abruzzi). Elle fait désormais partie de la voie normale de l’ascension.

Finalement c’est une expédition italienne qui réussit à gravir le sommet du K2 le 31 juillet 1954. L’expédition fut menée par Ardito Desio. Les deux premiers hommes à atteindre le sommet furent Lino Lacedelli et Achille Compagnoni. Un membre pakistanais faisait partie de l’équipe, le colonel Muhammad Ata-ullah. Celui-ci avait fait partie d’une expédition américaine en 1953 qui échoua suite à la mort d’un des membres clé de l’équipe, Art Gilkey, lors de l’assaut final.

Le 9 août 1977, 23 ans après l’expédition italienne, Ichiro Yoshizawa emmena la deuxième expédition à atteindre le sommet. Parmi les membres de l’expédition, Ashraf Amman fut le premier grimpeur d’origine pakistanaise à fouler le point culminant de son pays. L’expédition japonaise monta par la voie de la dent d’Abruzzi, tracée par les Italiens. Ils eurent recours à plus de 1 500 porteurs pour atteindre leur objectif.

La troisième ascension du K2 eu lieu en 1978, via un nouvel itinéraire, la longue route par la corniche est (la partie sommitale de l’itinéraire traverse la face est sur la gauche pour éviter le dernier mur vertical et rejoint la dernière partie de l’itinéraire d’Abruzzi). Ce tracé fut réalisé par une équipe américaine, menée par l’alpiniste James Whittaker ; Louis Reichardt, James Wickwire, John Roskelley, et Rick Ridgeway atteignirent le sommet. Wickwire endura un bivouac d’une nuit à environ 150 mètres du sommet, représentant le record d’altitude de l’époque.

Une autre ascension japonaise notable fut celle de la difficile arête nord, sur le versant chinois en 1982. Une équipe de l’Association d’Alpinisme du Japon menée par Isao Shinkai et Masatsugo Konishi conduisit trois membres au sommet le 14 août ; Naoe Sakashita, Hiroshi Yoshino et Yukihiro Yanagisawa. Cependant Yanagisawa fit une chute mortelle lors de la descente. Quatre autres membres de l’équipe atteignirent le sommet le jour suivant.

Désormais le sommet a été atteint par presque toutes ses arêtes mais aucune ascension hivernale n’a encore été fructueuse.

Bien que l’Everest culmine à une altitude plus élevée, le K2 est considéré comme plus difficile, en particulier à cause des conditions météorologiques, des difficultés techniques et du fait de la dénivellation plus importante depuis le camp de base. Son ascension est considéré par beaucoup comme la plus difficile et la plus dangereuse au monde, d’où son surnom de « Montagne Sauvage ». En août 2004, seulement 246 personnes en avaient accompli l’ascension, en comparaison aux 2 238 grimpeurs qui ont atteint l’Everest, plus facile et plus populaire. Au moins cinquante-six personnes sont mortes lors d’une tentative ; dont treize appartenant à différentes expéditions en 1986 lors de la tragédie au K2, sous une violente tempête. Le 3 août 2008, onze hommes appartenant à la même expédition sont morts dans la redescente, ce qui porte ce nombre à au moins soixante-sept.

La légende a par le passé attribué au K2 une « malédiction sur des femmes. » La première femme à atteindre le sommet fut la Polonaise Wanda Rutkiewicz, en 1986, avec la française Liliane Barrard. Les cinq suivantes ont toutes succombé à un accident mortel dont trois lors de la descente. Rutkiewicz elle-même est morte sur Kangchenjunga en 1992. En 2004, Edurne Pasaban réussit à redescendre du sommet avec succès, puis en 2006 quand Nives Meroi d’Italie et Yuka Komatsu du Japon furent, respectivement, la septième et la huitième femme à atteindre le sommet K2, et la troisième et quatrième à en redescendre.

Pour la majeure partie de l’histoire de son ascension, le K2 fut grimpé en pur style alpin ; les grimpeurs n’ont en général pas recours à l’oxygène artificiel, et les expéditions sont souvent restreintes et légèrement équipées. Cependant la saison 2004 a vu une forte augmentation de l’utilisation de l’oxygène : vingt-huit des quarante-sept réussites y ont eu recours.

L’utilisation massive de l’oxygène artificiel, de même que l’installation abusive de cordes fixes et le recours à une colonie de porteurs, devient de plus en plus un sujet de controverse dans l’himalayisme, aussi bien au K2, qu’à l’Everest ou les autres sommets de plus de 8 000 mètres.

Voies d’ascension

Il y a plusieurs voies pour atteindre le sommet du K2, de caractères quelque peu différents, mais elles comportent toutes un passage clé et des difficultés intrinsèques aux sommets de plus de 8 000 m. La première difficulté est la haute altitude et le manque d’oxygène : il y a deux tiers moins d’oxygène au sommet du K2 qu’au niveau de la mer. D’autre part les conditions météorologiques à cette altitude sont extrêmes et changent rapidement. De violentes tempêtes s’abattent sur la montagne et ont déjà bloqué des expéditions pendant plusieurs jours, causant la mort de nombreux alpinistes. Les vents sont quasi omniprésents. Enfin le K2 est réputé pour être le sommet de plus de 8 000 m le plus difficile techniquement. Ajouté à la fatigue et à l’altitude, cela rend la descente et les retraites au cours d’une tempête particulièrement dangereuses. Malgré de multiples tentatives, l’ascension hivernale du K2 n’a jamais été réalisée.

Arête d’Abruzzi

L’arête d’Abruzzi est l’arête sud-est du K2, culminant à 6 666 m (dent d’Abruzzi). Cette voie d’accès est la plus facile et la plus fréquentée pour atteindre le sommet mais elle reste dangereuse notamment à cause de ses chutes de séracs, qui ont tué 11 personnes le 2 août 2008.

Arête Nord

L’arête nord est l’une des voies les plus dures pour atteindre le sommet.

Autres voies

* Arête Nord-Ouest (rejoignant l’arête Nord ), première ascension en 1991.

* Arête Ouest, 1981.

* Pilier Sud-Ouest ou Magic Line, techniquement difficile, 1986.

* Face Sud ou Polish Line, (particulièrement exposée et dangereuse) première et unique ascension en 1986.

* Dent Sud-Sud-Ouest (rejoignant la voie d’Abruzzi ; variante possible plus sûre), 1994.

* Arête Nord-Est (voie longue sur corniche ; rejoignant la voie d’Abruzzi sur la partie sommitale), 1978.

* Face Nord-Ouest, 1990.

Ascensions remarquables

* 1954 – Première ascension le 31 juillet par Achille Compagnoni et Lino Lacedelli lors d’une expédition italienne menée par Ardito Desio. Après 4 tentatives, assaut 70 jours.

* 1986 – Première ascension féminine par Wanda Rutkiewicz.

* 1986 – Ascension en moins de 24h par Benoît Chamoux.

* 1992 – Ascension sans oxygène par Chantal Mauduit le 3 août.

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